Arbres de la Liberté

La plantation d’un arbre de la Liberté, dans un contexte de fête et de cérémonie populaire, est un acte symbolique qui est né avec la Révolution Française de 1789. Outre la représentation d’une liberté enfin acquise, cet acte voulait aussi signifier le début d’une ère nouvelle, remplie de bonheur et de joie, qui allait se développer avec ses institutions nouvellement établies.

L’usage prend surtout de l’ampleur à partir du début de l’année 1792, d’abord dans quelques villes comme Lille et Auxerre puis, en l’espace de quelques mois, dans toutes les communes françaises, des plus grandes aux plus petites. La coutume voulait que l’arbre soit planté dans un endroit très fréquenté, le plus apparent d’une localité ou d’un quartier.

L’essence initialement choisie fut le peuplier, peut-être parce que la racine latine de ce mot est populus, la même que le mot peuple. Certains avancent le chiffre de soixante mille arbres ainsi plantés à la fin de l’année 1792. Paris en comptait plus de deux cents.

L’arbre ainsi planté devenait un symbole de la Patrie, véritable monument public devant être entretenu et respecté. L’entretien du lieu était effectué par les habitants.

Force fut malgré tout de constater qu’un grand nombre de ces arbres de la liberté dépérirent rapidement, ce qui amena la Convention à décréter, en date du 3 pluviôse an II - 22 janvier 1794 - que dans toutes les communes de la République où l’arbre de la liberté aurait péri, il devait en être planté un autre pour le 1er germinal même année, soit le 21 mars 1794. Les localités concernées devaient donc réagir rapidement.

D’autres décrets suivirent, traitant notamment des peines encourues par ceux qui détruiraient ou mutileraient les arbres de la liberté.

De nouveaux arbres furent donc plantés, mais, malgré toute la surveillance et les soins dont ils furent l’objet, un certain nombre furent détruits, durant la nuit, par les contre-révolutionnaires, soit de manière mécanique par sciage du tronc, soit de façon chimique et beaucoup plus insidieuse, en arrosant le pied de la plante avec une solution acide comme le vitriol (acide sulfurique).

Les punitions étaient sévères pour les auteurs reconnus de ces actes anti-patriotiques. On dit même que des condamnations à mort furent prononcées.

Plus tard, sous le régime du Directoire, on veilla encore à remplacer les arbres morts.

Peu à peu, les lois régissant ces arbres de la liberté tombèrent en désuétude. A l’avènement du Consulat, on cessa peu à peu de les entretenir. Bonaparte fit même abattre une partie de ceux qui s’élevaient dans différents endroits de Paris.

Sous l’Empire, ces arbres de la liberté changent de nom et deviennent les « arbres Napoléon ».

A la chute du Premier Empire, la royauté reprend ses droits. C’est la Restauration. Il convient donc d’effacer les emblèmes de la Révolution. Le gouvernement de Louis XVIII donne des ordres pour faire disparaître ces arbres de la liberté qui deviennent alors très rares en ville. Dans les localités rurales, la suppression des arbres est beaucoup plus rare.

La révolution de février 1848 provoque l’abdication de Louis-Philippe 1er et la proclamation de la Seconde République. L’on assiste alors à une nouvelle vague de plantations d’arbres de la liberté. Cette manifestation symbolise la grande joie des masses populaires pour le retour à la République.

De nos jours, il existe encore quelques-uns de ces arbres emblématiques, plus ou moins tombés dans l’oubli.

A Ronquerolles (Val d’Oise), près de Chambly, un tilleul de la liberté, fût planté face à l’église, le 8 juillet 1793. Nous l’avons vu il y a quelques années lors d’une sortie botanique au bois de la Tour du Lay.

Sur le plateau de Montataire, s’élève aussi un grand tilleul, isolé au beau milieu des champs. Il est nommé « tilleul de la liberté » mais nous n’avons pu savoir à quelle époque il a été planté. Il est cependant étonnant qu’un arbre de la liberté ait été planté en pleine zone désertique.

A Saint-Christophe-à-Berry, dans le département de l’Aisne, discret village situé entre Compiègne et Soissons, se dresse encore un magnifique marronnier de la liberté, planté en 1848.

Tilleul de Montataire

 

< Tilleul de Montataire

(photo P.S. - 1er avril 2009)

 

Marronnier de Saint-Christophe-à-Berry >

(photo P.S. - 17 mars 2009)

Marronnier de Saint-Christophe-à-Berry

Planter un arbre pour célébrer une fête ou commémorer un évènement est une coutume très ancienne que l’on retrouve chez les Gaulois et chez les Romains. La plantation de l’arbre de mai que l’on plantait dans beaucoup d’endroits se voulait célébrer la venue du printemps.

Les révolutionnaires de 1789 n’ont donc repris à leur compte qu’un usage très ancien, rebaptisé pour la circonstance « plantation de l’arbre de la liberté ».

Cette coutume ancestrale de plantation perdure encore de nos jours, que ce soit dans le milieu restreint de la simple famille (à l’occasion d’une naissance par exemple) ou dans le cadre de manifestations à l’échelle d’un groupe plus important, d’une ville ou d’une nation. Les plantations d’arbres de la paix et d’arbres sauveurs de la planète sont d’actualité. Pour célébrer le passage en l’an 2000 on a procédé, en France, à des plantations d’arbres suivant une ligne nord-sud passant par Paris et qui part de Dunkerque pour se terminer à Prats-de-Mollo-la-Preste dans les Pyrénées-Orientales. Cette plantation matérialise le méridien passant par Paris. C’est la méridienne verte.