Galle de l'églantier

Au fil de l'été, d'étranges pompons bigarrés font parfois leur apparition sur les rameaux de l'églantier. Cette formation est communément nommée "barbe de Saint-Jean" ou "bédégar". Il s'agit en fait d'une galle, c'est à dire une excroissance végétale provoquée par la ponte par effraction d'un insecte. L'églantier n'est d'ailleurs pas le seul végétal à être victime de ce procédé particulier de perpétuation de l'espèce et chaque plante réagit à sa façon à cette agression en y répondant par une prolifération cellulaire visant à isoler la zone de ponte. La forme de cette réponse est spécifique à chaque plante : bille, fusée, soucoupe... Pour l'églantier, c'est une grosse boule poilue de couleur rouge.

Tout commence au printemps. Le cynips, une guêpe à peine plus longue qu'un aiguillon de rose, émerge d'un bédégar usé par l'hiver. C'est une femelle, comme plus de 95% de ses congénères. Chez cette espèce parthénogénétique, les mâles sont presque superflus. Les mères peuvent donner naissance à des lignées de femelles identiques, sans avoir besoin d'être fécondées. Sitôt émergé, l'insecte explore un églantier avec ses antennes, à la recherche d'un bourgeon accueillant. Quand il l'a trouvé, il déploie sa tarière, l'introduit sous une écaille et, avec une précision chirurgicale, dépose ses œufs dans le pétiole ou dans la nervure centrale des petites feuilles en devenir. Deux semaines après la ponte, la plante commence à réagir. Les cellules végétales s'élargissent et se mettent à proliférer.

Les larves naissent dans de petites chambres individuelles tapissées de cellules appétissantes. Elles s'en nourrissent aussitôt, ce qui stimule encore la croissance de la galle. Le bédégar atteint sa taille maximale quatre à huit semaines après la ponte. Les larves se nourrissent encore tout l'automne puis se nymphosent pour passer l'automne au cœur de ce berceau excentrique.

Si le cynips de la rose est à l'origine du bédégar, il n'est pas le seul à en profiter. Et de loin ! Lors d'une étude menée en 2006 au Luxembourg, des biologistes ont dénombré dans la galle pas moins de dix autre hyménoptères : de simples squatters, ou des prédateurs qui peuvent pondre des œufs à l'intérieur des larves du cynips ou d'autres qui les boulottent par l'extérieur. Attirés par cette vie foisonnante, des oiseaux et des fourmis sèment volontiers la pagaille, tandis que des araignées squattent les loges désertées par leur habitant.

On attribuait autrefois de nombreuses propriétés médicinales, voire magiques, au bédégar. Les galles se portaient en amulette autour du cou, en prévention contre la coqueluche ou les maux de dents. En Allemagne, on les glissait sous l'oreiller en guise de somnifère, tandis qu'en France on mettait de la "mousse d'églantier" dans les langes des enfants souffrant de coliques. Même l'Eglise italienne prêtait foi à leurs vertus : les curés de la Péninsule s'en servaient parfois comme goupillon. 

 Bédégar

 

Coupe du Bédégar