Chasse au héron

C’est lors d’une sortie botanique aux environs du village de Fleury, près de Villers-Cotterêts, que nous avons découvert un lieu nommé «La Fontaine du Prince », situé près de l’étang du village.

L’endroit ne semble pas présenter d’intérêt majeur si ce n’est la présence d’une banale fontaine mais un panneau nous indique qu’il s’agit de l’emplacement d’une ancienne héronnière royale, pour la chasse au héron.

Jadis, dans nos régions, la chasse se pratiquait à l’aide d’oiseaux rapaces dressés tels qu’autours, éperviers ou faucons. On capturait ainsi les cailles, alouettes, pigeons, perdrix, faisans, lapins… pour alimenter la cuisine seigneuriale. C’était la chasse dite « de bas vol ».

Mais se déroulait aussi la chasse dite « de haut vol », qui était en fait l’une des nombreuses distractions de la haute classe sociale de l’époque, à savoir, la noblesse. Le plus prisé de ce type de chasse privilégiait l’utilisation du héron en tant que proie des oiseaux rapaces, d’où l’existence de héronnières destinées à constituer des réserves immédiatement disponibles au gré seigneurial.

En fait, ce sont les Croisés qui, à l’occasion de leur séjour en terre sainte, ont découvert puis ramené avec eux les traditions et méthodes de la fauconnerie orientale. Cette pratique a été rapidement adoptée en Europe pour devenir l’un des passe-temps favoris et le symbole de la noblesse. En France, la fauconnerie a connu son apogée sous le règne du roi Louis XIII, avant d’être peu à peu délaissée en raison de la modernisation progressive des armes à feu.

Le lieu d’envol de la proie était choisi afin d’assurer le meilleur spectacle. Montés sur le dos de leurs chevaux, les spectateurs pouvaient ainsi se déplacer au gré des évolutions aériennes. Le héron ayant pris son essor, on lâchait un ou deux faucons pour le poursuivre. De son vol beaucoup plus lent et se voyant poursuivi, le héron essayait d’échapper à ses poursuivants en prenant de plus en plus d’altitude, les attaques du faucon se faisant par le dessus.

Si cette manœuvre échouait, il pouvait s’engager alors un véritable combat aérien car le héron ne se privait pas présenter son long bec pointu face à son attaquant afin que ce dernier s’embroche lui-même dessus du fait de son simple élan.

Et le combat aérien pouvait se dérouler ainsi pendant un long moment au grand plaisir des spectateurs. Si le héron y perdait souvent la vie, il lui arrivait cependant parfois de lasser ses adversaires qui arrêtaient le combat, fort épuisés des nombreux efforts fournis.

Des artistes peintres ont élaboré des œuvres sur ce thème de chasse. L’une d’entre elles est exposée au musée du Louvre, galerie des peintures flamandes et porte l’intitulé « Chasse au héron avec l’archiduc Léopold-Guillaume », par David Teniers le jeune (1610-1690).

Un autre tableau, beaucoup plus récent, est conservé au musée Condé de Chantilly. Peint par l’artiste orientaliste Eugène Fromentin en 1865, il s’agit d’une huile sur toile qui représente une « chasse au héron » se déroulant en Algérie, en présence de princes arabes.

Ces œuvres sont visibles sur le web.